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Attestations, étude du passé et certitude

L’image montre une photo historique de l‘ITS

Photo historique de collaborateurs de l’ITS travaillant à la recherche de personnes

 

Au début de l’après-guerre, le travail de l’International Tracing Service (ITS) et des organisations l’ayant précédé était axé sur la recherche de survivants des persécutions nazies. Parallèlement à ce travail de recherche, il apparut très vite que les documents conservés dans les archives de l’ITS étaient aussi d’une grande importance pour les questions ayant rapport aux divers programmes d’aides et d’indemnisation. En effet, pour faire valoir leurs droits, les anciens persécutés avaient besoin d’attestations que l’ITS était souvent en mesure de leur fournir grâce aux listes et aux documents individuels conservés dans ses archives. L’établissement d’attestations a constitué, à certaines périodes de l’histoire de l’ITS, l’activité principale de l’institution : ceci fut surtout le cas à la fin des années 1950 et dans les années 1960 ainsi qu’au début du nouveau millénaire, lorsqu’un fonds spécial fut constitué afin d’indemniser les anciens travailleurs forcés d’Europe centrale et orientale.  

 
  • Indemnisations tardives pour des groupes de victimes oubliées

    Aujourd’hui encore, il arrive que de nouvelles lois ou de nouveaux fonds de soutien créés dans différents pays entraînent une hausse du nombre des demandes. C’est ainsi qu’en raison d’une modification de la législation polonaise, les anciennes victimes juives des persécutions nazies vivant en Pologne au moment des persécutions mais ayant entre-temps quitté le pays ont, depuis 2014, la possibilité de se voir octroyer une pension. Leurs demandes parviennent à l’ITS par l’intermédiaire de l’UDSKIOR, l’office polonais des anciens combattants et victimes de l’oppression. Elles sont traitées en priorité par l’ITS pour que les survivants puissent bénéficier de cette aide le plus rapidement possible.

  • Réforme de la loi sur les pensions pour travail en ghettos

    L’amendement à la loi sur les conditions de paiement de pensions pour le travail exercé dans les ghettos (ZRBG) décidé par le parlement fédéral allemand en 2014 a actuellement des répercussions sur le travail de l’ITS. Cette loi avait été adoptée suite au fait qu’une personne qui avait travaillé dans un ghetto avait pu faire valoir son droit à une pension devant un tribunal en 1997. Avant cette date, on n’avait jamais tenu compte du fait que les personnes ayant travaillé dans un ghetto avaient non seulement été exploitées mais qu’une cotisation avait été imputée de leurs salaires de misère et versée dans la caisse de retraite allemande. Jusque là, le travail dans les ghettos avait été considéré de la même façon que le travail forcé. Or, il n’est pas question ici d’indemnisation mais du droit à une pension existant sur la base de cotisations versées. Avec la nouvelle loi, il est prévu que le délai de prescription de quatre ans généralement appliqué en droit social allemand ne le soit plus en ce qui concerne les pensions pour travail en ghetto. Ceci signifie que tous les bénéficiaires légitimes d’une pension en vertu d’une situation d’emploi dans un ghetto pourront, avec effet rétroactif à partir du 1er juillet 1997, obtenir le paiement de leur retraite. Ces demandes sont aussi examinées en priorité par l’ITS. Un grand nombre de personnes ayant travaillé en ghetto sont aujourd’hui décédées. Le Gouvernement allemand estime à env. 40 000 le nombre de bénéficiaires potentiels de cette retraite.

  • La recherche de la vérité et des propres racines

    Vers le milieu des années 1980, la génération des enfants et plus tard aussi des petits-enfants a commencé à s’adresser à l’ITS pour savoir si ses archives renfermaient des documents sur les persécutions subies sous le régime nazi par leur propre famille. Ce genre de recherches à caractère biographique représente aujourd’hui une part importante des demandes. Ceci s’explique par différentes raisons : les horreurs de la guerre se faisaient toujours ressentir au sein des familles mais grand nombre des personnes traumatisées ne pouvaient ou ne voulaient pas parler de ce qu’elles avaient vécu. Ce n’est qu’après leur mort et avec un plus grand recul que les générations suivantes ont commencé à s’intéresser à ces questions. Il convient aussi d’ajouter que le regard sur le national-socialisme a commencé à changer dans les années 1980 : la diffusion de la série américaine « Holocauste » à la télévision allemande en janvier 1979 suscita de fortes émotions et marqua le début de discussions sur ce sujet ; elle fut suivie en 1985 par le film en deux parties « Shoah ». Dans le monde entier, on commença à parler au sein d’un large public des crimes de l’Allemagne nazie et de plus en plus aussi des groupes de victimes stigmatisées tels les Sinti et Roms, les homosexuels et les handicapés. Dans ce contexte de changement, le discours prononcé par le Président allemand Richard von Weizsäcker le 8 mai 1985 fit une forte impression en Allemagne et à l’étranger et influença fortement la vision de l’Histoire et la culture du souvenir des Allemands. En résumé, on peut dire que l’Holocauste et les autres crimes nazis sont devenus beaucoup plus présents dans les esprits allemands. Il est possible que ceci ait aussi incité les familles concernées à se pencher sur leur propre histoire. Ce que l’on sait aujourd’hui sur la transmission génétique des traumatismes aux générations suivantes souligne la nécessité de combler les lacunes par le savoir. 

    Les demandes des deuxième, troisième, voire quatrième générations ne venaient et ne viennent toujours pas uniquement d’Allemagne. L’Italie, la France, les États-Unis, ainsi que l’Europe centrale et orientale ont connu une forte hausse du nombre des demandes émanant de jeunes parents proches à partir des années 1990. Ce n’est qu’avec les changements politiques qui eurent lieu à cette époque que l’ITS pu enfin recevoir des demandes des pays de l’Est. Plus de 40 ans après la fin du régime nazi, un grand nombre de travailleurs forcés étaient décédés sans avoir eu la chance de pouvoir consulter les archives documentant les terribles années de guerre. Ce furent les générations suivantes qui, à leur place, commencèrent alors à chercher des informations sur les destins individuels de leurs ancêtres.

  • Plus d’informations

    Dans ce contexte, l’ITS a modifié, dans les dernières années, sa façon de fournir les renseignements issus de ses archives. Ses réponses sont plus détaillées et il donne des recommandations pour d’éventuelles autres pistes de recherche. Il arrive aussi que les familles effectuent une sorte de pèlerinage pour voir les différents lieux par lesquels sont passés leurs ancêtres. Bad Arolsen constitue pour beaucoup d’entre eux une étape de leur voyage car c’est là qu’ils peuvent souvent trouver la dernière trace laissée par leur proche.

    Après la guerre, personne n’aurait pu s’imaginer que les missions de l’ITS se poursuivraient jusqu‘à aujourd’hui. C’est ainsi que, dans les années 1950, on pensait qu’après 1968, on n’aurait plus besoin de l’institution ITS. Pourtant, l’ITS accomplit aujourd’hui encore certaines de ses missions initiales, comme le rapprochement des familles ou la procuration d’attestations pour indemnisations et pensions. Avec les informations aux familles des victimes et l’ensemble du domaine de la recherche historique et de l’éducation, l’ITS s’est vu confier un grand nombre de nouvelles tâches.